Solos en el Pacifico / Seuls face au Pacifique (mais pas que) / Alone on the Pacific coast (but not only)

La Gigi llego en un lugar maravilloso en la costa del Pacifico: la reserva biológica de Jazz.

!!! English version below !!!

La Gigi a atterri dans un coin coupé du monde sur la côte Pacifique: la réserve biologique El Amargal, chez nôtre bel hôte: Jazz.
Ou comment après la traversée du Choco en petit coucou, après avoir fait son petit plein de vivres à Nuqui puis repris una lancha en mode 4×4 océan cagnard puis tempête, elle débarque dans un petit coin de paradis… Quelques baraques de bois sur pilotis au milieu de la forêt tropicale… et face à elle ses amis les baleines.
Certes ce paradis est d’un autre temps : aucun signal téléphonique ni wifi, l’électricité fournie par des panneaux solaires pour éclairer les soirées entre 18 et 20h, pas de bateau ni même de planche, pas de commerce à moins de 2h de marche via la forêt (un peu hostile quand même), des voisins qui ne se laissent pas voir (mais se laissent entendre parfois bien fort la nuit avec les grosses pluies). Pas de vis à vis donc, mais une vue plongeante sur l’océan… et quelques-uns de ses habitants.

Et voilà, cette semaine-là, la Gigi elle s’est mise au volontariat. Sa mission : refaire le toit avec les feuilles d’un palmier qu’on appelle Iraka.
Pour y parvenir elle a bossé tous les jours quelques heures en mode communautaire avec Jazz en meneur de troupe, Carina en curieuse et débrouillarde assistante, Ludwig en découvreur, poète à ses heures, and the PPs, plein d’élan et d’envie d’apprendre.
Au menu quotidien : 1) la recherche de palmiers à la marée basse (ou dans la forêt environnante tropicale à la marée haute qui rigole pas), 2) la grimpette, la sélection, la coupe à la machette de quelques 100 feuilles et leur portage jusqu’au camp de base, 3) la préparation des feuilles (toujours quelques 100 par jour), et enfin 4) le remplacement des anciennes feuilles par les fraîches… et le nettoyage.

Et Jazz est du genre guerrier bouddhiste qui aime la sieste et les débats, un vrai solitaire aussi, qui maîtrise tous les secrets de la nature environnante. Et comme il est très généreux et qu’il découvre pour la première fois des enfants sous son toit, il nous a emmené explorer les environs pour notre plus grand bonheur. Armés de nos bottes, de notre anti-moustique et de nos maillots de bain (sous une tenue longue de rigueur en jungle), on a laissé la Gigi au camp pour profiter des cascades (bah oui elle a peur des grenouilles vénéneuses qui traînent sur le chemin Gigi). Et c’était une belle cascade d’eau douce, avec plein de pierres et de feuilles. Et pendant que la mini et la grande PPs se confectionnaient des couronnes de feuilles, le mini et le grand PPs alignaient kairns et pierres comme des kaplas…
Une autre fois à la marée basse on s’est lancés dans une roda de capoeira (Jazz a enseigné aux ados du village d’ Arusi dans le cadre d’ un projet socio-éducatif). Bon la grande PPs elle a pris cher pour sa reprise mais les mea lua de frente avaient une super saveur sur le sable face à l’océan qui grondait.
Les petits PPs eux ont essayé de mettre le Jazz aux jeux de cartes, mais il a su esquiver le bougre, habitué à une belle solitude.
Au petit matin après les nuits de gros orages qui tonnent, Gigi sortait de sa moustiquaire et descendait les marches de sa petite maison de bois et contemplait Jazz tourné vers le large, silencieux. Énigmatique.
Parfois le midi il partageait ses recettes (hum le poisson cuit dans un riz et lait de coco citron), il parlait de ses voisins de la forêt, de ses opinions sur l’écologie, l’ éducation ou d’un passé douloureux dans le Chocó. La Gigi était toute ouïe, et parfois animée de belles émotions aussi.

L’avant dernier jour, on a enfin réussi à communiquer avec le reste de la civilisation alors qu’on ne trouvait pas de signal téléphonique au lieu-dit, à 30 minutes de marche en forêt, et qu’il nous fallait arranger une barque pour venir nous chercher pour rentrer sur Nuqui prendre notre coucou de retour… On était un peu comme coincés et cois, mais heureusement une barque a débarqué sur notre plage… Et notre retour a pu se prévoir…
Du coup le dernier jour, on a pu partir se promener en forêt pour rejoindre la pointe de la baie, Punta Brava où loge un magnifique éco-hôtel grand luxe avec vue imprenable sur l’un des plus gros mammifères au monde, ces mêmes baleines à bosses dont on aperçoit les pirouettes depuis une semaine… Et pour s’en approcher, il propose des virées en kayak des mers… Et on a dit bingo! Bon par contre il a fallu sortir de la baie avec ces grosses vagues qui nous ont donné pas mal de fil à retordre (et pour nos voisins c’était trop, ils ont souffert de quelques renversades avant de finalement rebrousser chemin)… Mais on a tenu bon et on est passés, l’embarcation des mecs avec le guide, et celle des nanas. Et après, quel régal… faire corps avec l’océan, imaginer les grandes bleues tout prêt, puis sentir leur présence et se faire surprendre par un saut tout prêt, juste là, à notre droite… à seulement quelques mètres de nous… On était même un poil trop prêt mais il était trop tard pour bouger. Alors avec Carina et Cléo, notre super équipage féminin de choc, on a attendu. Sans un mot. Sans respirer. Sans ne plus penser à ce qu’il advenait de cette baleine qui avait sorti sa nageoire hors de l’eau quelques secondes plus tôt. Et il nous a semblé très long ce moment d’incertitude… et puis là, devant nous, au milieu des vagues une étendue calme et plate… trop calme? En se penchant un peu par-dessus le kayak on distingue une tâche blanche de forme ronde qui se déplace… et à peine quelques secondes après ce sont deux baleines à bosses qui sortent de l’eau sur notre gauche… et s’éloignent… (de petits mastodontes de quelques 18 à 30 mètres pour 40 tonnes, venues du Sud pour s’accoupler dans les eaux chaudes, y mettre bas et nourrir leurs petits dans ces eaux très riches)
Quel moment exquis de belle intensité… quel présent frémissant. On en était un peu tous retournés, chacun à savourer encore un peu de ce moment unique et pur…
Et puis on a sauté dans l’eau – même les petits PPs – bon avec un bon brin de petite frousse quand même – et là, surprise la tête sous l’eau: on entendait leurs chants… comme si elles étaient juste à côté, mais de chaque côté apparemment… Houiihou i houhiiiiiiiii houinhou hinhin hummmmhummm (bon là je m’évertue à trouver une juste orthographe pour décrire ce son vraiment dingue mais ça me semble ridiculement impossible en fait).. Et ce sont les mêmes chants que sur le vinyle trouvé chez Emmaüs… waouh comme c’était impressionnant Gigi…

Et puis le temps a repris et on a rentré les kayaks et la troupe au bercail. Retour par la plage à marée basse. De retour au camp de base, Jazz nous a rapidement quitté pour traverser la forêt et deux rivières (Rios) – le tout à moitié dans la nuit et à la marée haute donc autant vous dire que son sac il le porterait sur la tête – afin d’aller se ravitailler pour l’arrivée d’un nouvel hôte.
On le retrouvait le lendemain au petit matin juste avant le lever du jour à 5h, on se croisait sur la barque – ou plutôt entre la barque et la grosse vague qui mouille.
Un abrazo grande Jazz, merci pour ces rares moments d’intense simplicité, quelques peu de jours qui nous ont semblé un bout de vie avec toi. Prends soin de toi et d’El Amargal….


 

The Gigi landed in a corner of the world on the Pacific coast: El Amargal biological reserve, at our beautiful host: Jazz.

Or how after the crossing of the Choco in a very small plane, after having brought food in Nuqui and then taken a lancha model 4×4 in a mode of ocean warm weather then storm, Gigi landed in a little corner of paradise … A few wooden huts on piled in the middle of the rainforest … and facing her friends the whales.

Certainly this paradise is of another time : nor telephone signal neither wifi, electricity provided by solar panels to light the evenings only between 18 and 20h, no boat or even board, no shops within 2 hours of walk via the forest (a little hostile nevertheless), neighbors who do not let themselves be seen (but can sometimes be heard very loud at night with heavy rains). Completely unoverlooked therefore, but an open view on the ocean … and some of its inhabitants.

And this week, Gigi got started with volunteer work. Her mission: to remake the roof with the leaves of a palm tree called Iraka. To achieve this, she worked every day for a few hours in community mode with Jazz as a leader, Carina as a curious and resourceful assistant, Ludwig as a discoverer, poet at his hours, and the PPs, full of enthusiasm and  desire to learn. On the daily menu: 1) the search for palm trees at low tide (or in the surrounding tropical forest at high tide that does not laugh), 2) climbing, selecting, machete cutting a few 100 leaves and carrying them to the base camp, 3) the preparation of the leaves (always some 100 per day), and finally 4) the replacement of the old leaves by the fresh ones … and the cleaning.

And Jazz is a Buddhist warrior who loves siesta and debates, a real soloist too, who knows all the blows of the surrounding nature. And since he is very generous and he discovers for the first time children under his roof, he took us to explore the surroundings for our greatest happiness. Armed with our boots, our mosquito repellent and swimsuits (under a long jungle outfit), we left Gigi in the camp to enjoy the waterfalls (bah yes she is afraid of poisonous frogs lying on the Road). And it was a beautiful waterfall, full of stones and leaves. And while the mini girl and the big girl PPs were making leaf crowns, the mini boy and the big boy PPs aligned kairns and stones like kaplas … Stone balance… Another time at low tide we started a capoeira roda (Jazz used to teach the teenagers of the village of Arusi as part of a socio – educational project). Mrs PPs she took pride for her recovery but the frente mea lua had a great flavor on the sand facing the ocean scolding. The small PPs tried to put our host Jazz into the card games, but he knew to dodge the bugger, accustomed to a beautiful solitude. In the early morning after the nights of heavy thunderstorms, Gigi came out of his mosquito net and walked down the stairs of his little wooden house and gazed at Jazz, turned towards the sea, silent. Enigmatic. Sometimes at noon he shared his recipes (hum fish cooked in a rice and lemon coconut milk), he spoke about his neighbors in the forest, his opinions on ecology, education or a painful past in the Chocó. The Gigi was all hearing, and sometimes animated with beautiful emotions too.

On the penultimate day, we finally managed to communicate with the rest of the civilization when there was no telephone signal at the expected place, a 30-minute walk in the forest, and we had to arrange a boat to pick us up to return on Nuqui to take our cuckoo back … We were a bit like stuck and cois, but luckily a boat landed on our beach … And our return could be foreseen … So, on the last day, we were able to go for a walk in the forest to reach the end of the bay, Punta Brava, where there was a magnificent eco-hotel with a magnificent view of one of the biggest mammal in the world. After having gazed at the pirouettes for a week … we could finally approach it. For that the hotel was offering kayak trips in the seas … And we said bingo! Well, we had to get out of the bay with those big waves that gave us a lot of trouble (and for our neighbors it was too much, they suffered a few reversals before finally turning back) … But we stuck and we passed, the boats of the guys with the guide, and that of the chicks. And then, what a treat … to be with the ocean, imagine the humpback whales ready, then feel their presence and be surprised by a jump ready, right there on our right … just a few meters from us … We were even a hair too close but it was too late to move. So with Carina and Cleo, our super feminine shock crew, we waited. Without a word. Without breathing. Without thinking about what happened to the whale that had taken its fin out of the water a few seconds earlier. And it seemed very long this moment of uncertainty … and then there, in front of us, in the middle of the waves a calm and flat … too calm? Leaning a little over the kayak, we could see a white, round shape that moves … and just a few seconds after that were two whales coming out of the water on our left … and away …

What an exquisite moment of fine intensity … what a quivering present. We had all returned a little, each one to savor a little of this unique and pure moment … And then we jumped into the water – even the small PPs – well, with a bit of a little jerk still – and there, surprised head under water: we could hear their songs … as if they were just at but on each side seemingly … Houiihou i houhiiiiiiiii houinhou hinhin hummmmhummm (well there I try to find a spelling to describe this really crazy sound but it seems ridiculously impossible in fact) .. And actually they are the same songs than on the vinyl we found at Emmaus before taking off … wow it was so impressive Gigi … Then the weather resumed and we took the kayaks and the troop to the fold. Return by the beach at low tide. Back at the base camp, Jazz quickly left us to cross the forest and two rivers (Rios) – all half at night and at high tide so no need to tell you that his bag he would carry it on his head – so to go and refuel for the arrival of a new host. And so we found him back on the next day in the morning just before dawn at 5 am, we crossed the boat – or rather between the boat and the big wave that wet.
A great abrazo Jazz, thank you for these rare moments of intense simplicity, a few days that seemed a bit of life with you. Take care of you and El Amargal ….

 

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